EGLISE EVANGELIQUE LUTHERIENNE PAROISSE DE LA TRINITE

                  

 

 

Le message du pasteur sur

1 Corinthiens 15 : 12-20 


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J’ai choisi cette année à nouveau de suivre les lectures des dimanches après l’Epiphanie, tout en faisant référence à la tradition liturgique qui marque aujourd’hui le dimanche Septuagésime.

Pour les deux prochains dimanches, nous sont proposées deux lectures suivies, celles de l’épître et celles de l’évangile.

J’ai choisi de méditer avec vous sur l’épître. Evidemment, aborder 1 Corinthiens 15, ça peut paraître curieux parce que c’est une épître de Pâques, de l’autre côté du Carême. Mais, alors que nous approchons de cette saison – et la tradition liturgique le rappelle en trois dimanches avant le Carême – et que nous nous apprêtons à méditer tout particulièrement sur la Croix, il est bon de se rappeler qu’au-delà de la croix de Jésus il y a sa résurrection, que pour tout croyant, tout baptisé, au-delà de la Croix il y a la Résurrection. Le dimanche de la Transfiguration, qu’on l’ait marqué selon la tradition liturgique la semaine dernière, ou selon la réforme liturgique le dimanche avant le Carême, ce dimanche clôt la saison de l’Epiphanie et nous met en route vers la Passion, la Croix. On descend de la montagne où la « gloire du Fils unique venu du Père » a été révélée à trois des apôtres, dont Pierre et Jean, pour entendre Jésus annoncer ses souffrances et sa mort, et le suivre jusqu’à gravir la montagne de Jérusalem à la fois vers son accueil comme Messie et plus haut encore, sur la colline de Golgotha, pour assister à sa mise à mort comme Serviteur souffrant de Yahvé. Mais quand Jésus annonce sa mort, il annonce aussi sa résurrection. Nous devons entendre l’une et l’autre annonce, sans quoi le chemin vers la Croix est seulement un chemin vers la mort, un chemin de défaite. C’est ainsi que les disciples ont refusé d’entendre cette annonce de la mort de leur maître, d’admettre la prophétie de ses souffrances – et ce faisant, ils n’ont pas entendu non plus la promesse de sa résurrection. Voilà pourquoi, j’ai aussi choisi d’annoncer ce carême avec la phrase « la Croix en Tête, la Vie en vue » : nous suivons Christ, notre chef, notre Tête, sur le chemin de la Croix, nous méditons sa Croix et la nôtre à sa suite, nous l’avons à l’esprit, en tête, mais avec, derrière la croix, la commémoration de sa résurrection, en partageant sa perspective : la Vie, la vraie, renouvelée, éternelle, en vue par la foi. C’est le même message que celui décliné pendant le carême 2018 selon le thème de « la Victoire au bout de la Croix ».

 

Paul confronte ici la négation de la résurrection des morts en affirmant la résurrection du Christ.

Il le fait dans une de ses lettres à l’église de Corinthe, qu’il a fondée avec des compagnons. Corinthe, port cosmopolite, mais ville du monde grec. En arrivant la première fois à Corinthe, Paul venait d’Athènes où sa prédication de la résurrection des morts avait suscité une courtoise incrédulité chez beaucoup de ceux qui étaient venus écouter ses idées exprimées dans son discours à l’Aréopage. Sa foi heurtait la philosophie grecque à l’endroit même où elle avait fleuri, la philosophie grecque qui croyait en l’immortalité de l’âme mais la considérait comme prisonnière du corps, de la matière : ce monde physique était considéré comme mauvais et, à la mort, l’âme était délivrée des contraintes, des besoins, des pulsions de la nature. On peut bien sûr supposer qu’à Corinthe, cette philosophie était aussi répandue.

Mais elle ne se limitait pas aux Grecs. Soit parce qu’on aurait pu retrouver de tels raisonnements ailleurs, soit parce que le monde grec avait étendu son influence et que les idées élaborées à Athènes avaient rayonné. Nous voyons actuellement avec les Ecrits de Jean qu’il confronte des hérésies latentes qui ont des points communs avec ce genre de philosophie. Paul a écrit probablement plus tôt, mais il y a un esprit commun à combattre. Et puis, il connaissait cette position défendue en Israël même par les Sadducéens, un courant religieux juif dont déjà les évangiles nous disent qu’ils ne croyaient pas qu’il y ait de résurrection des morts.

Paul, enfin, Saul de Tarse, le pharisien, croyait lui en la résurrection des morts. Mais au dernier jour. Et pas en celle de Jésus de Nazareth.

Enfin, comme rappelé encore au début de cette prédication, les disciples de Jésus eux-mêmes, les apôtres, en refusant d’entendre Jésus parler de sa mort, avaient aussi fermé leurs oreilles à la prophétie de sa résurrection. Ils en ont été d’autant désemparés lorsque leur maître, qui venait d’être acclamé comme le Messie, a été arrêté, condamné, et supplicié. Les évangiles nous les présentent bouleversés et, oui, incrédules au sens d’ayant du mal à y croire, au moment de la résurrection de Jésus. Tout est bien présenté dans le dialogue entre Jésus ressuscité et deux de ses disciples sur le chemin du village d’Emmaüs.

Beaucoup de gens, comme beaucoup de sociétés humaines, ont eu, ont du mal à croire en la résurrection des morts, ne croient pas en la résurrection. Je ne connais que la religion antique égyptienne et les religions dites du Livre pour en faire un article de foi. C’est normal : l’expérience humaine est que les êtres vivants meurent, mais pas qu’ils ressuscitent. Dans la Bible elle-même, les exemples de résurrection sont rares, exceptionnels, à mettre en balance avec la multitude de ceux qui sont morts, et à ce jour ne sont de toute évidence pas ressuscités. Alors, même nous, croyants d’une foi qui inclut la résurrection des morts, nous avons besoin d’être confortés dans cette foi.

 

On dira : mais c’est la foi en la résurrection du Christ qui nous anime, pas les quelques exemples de résurrections dont on ne nous raconte pas la suite. Oui.

Si je parle ainsi c’est parce que Paul commence par parler de la résurrection des morts, pour tenir avec les Corinthiens un raisonnement logique : si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n’est pas ressuscité.

Mais ensuite, Paul affirmera que Christ est ressuscité, et que sa résurrection constitue les prémices de la résurrection des morts, la première résurrection pour la vie éternelle : celle par laquelle, à la suite de laquelle, notre résurrection devient possible, et certaine.

         Saul de Tarse ne croyait pas en la résurrection de Jésus, que ses disciples proclamaient. Jusqu’au jour où il a été appelé par la voix du Seigneur qui se présentait précisément sous le nom de Jésus de Nazareth.

Rationnellement, on pourrait dire : il n’a fait qu’entendre Jésus. C’était un signe que Jésus, si c’était bien lui, était vivant. Cela ne voulait pas encore dire qu’il était ressuscité corporellement : le futur apôtre Paul a entendu Jésus lui parler du Ciel, il n’a pas vu Jésus sur terre après sa résurrection, comme les apôtres et autres témoins.

Mais cet évènement était suffisamment puissant pour le convaincre que c’était vrai.

Cette rencontre pouvait le renvoyer au témoignage d’Etienne, ce diacre chrétien qui au moment où il comparaissait devant le Sanhédrin, a eu la vision de Jésus en gloire, en a témoigné devant ses juges, ce qui les a mis en fureur, les a poussés à le conduire sur-le-champ hors de la ville pour le lapider, une exécution sommaire – un meurtre – dont Saul de Tarse s’est porté témoin et qu’il a cautionné.

         Le futur apôtre sait donc maintenant que le témoignage d’Etienne était vrai. Vrai dès lors aussi le témoignage des apôtres, témoins de la résurrection du Seigneur Jésus. Vraie, la foi des disciples que Saul de Tarse se proposait de traîner à leur tour devant les juges religieux. Saul fera lui-même l’expérience d’être associé à la mort et à la résurrection de Jésus, passant trois jours aveuglé et dans le jeûne et la prière, avant de retrouver la vue et d’être baptisé.

         Paul est un théologien, un homme qui connaît très bien les Ecritures saintes, et qui sait les interpréter. Du moment où il a été convaincu que Jésus est le Messie, toute sa connaissance peut se mettre en ligne avec la perspective de la promesse faite à Abraham et de toutes les prophéties messianiques, plutôt qu’avec la Loi de Moïse qu’il avait profession d’observer avec les « décrets d’application » inventés par les hommes. Paul a sans doute pu entrer dans ce que Jésus enseignait à ses disciples, qu’il « était écrit que le Christ (…) ressusciterait ». Et, lorsque Jésus est ressuscité, les disciples ont cru, d’une manière ou d’une autre. Ils ont porté ce témoignage. C’est la foi de l’Eglise née de l’enseignement des apôtres conduit par l’Esprit saint, c’est la foi de l’Eglise qu’elle fait proclamer à Nicée et à Constantinople : « il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ».

Paul le spécialiste des Ecritures sait que la résurrection de Jésus valide ce qu’il a annoncé, et ce qu’il a accompli. S’il était resté captif de la mort, comment ne pas penser, comme le pensait Saul de Tarse, qu’en le condamnant à mort le grand prêtre avait bel et bien prononcé la sentence de Dieu lui-même ? S’il n’était pas ressuscité, alors qu’il l’avait bel et bien annoncé, comment ne pas voir en lui un faux prophète ? Comment ne serait-il pas discrédité ?

Paul, en négatif, tire les conséquences d’une non-résurrection du Messie : il considère comme Parole de Dieu la proclamation de sa résurrection : Dieu serait donc un menteur si Christ n’est pas ressuscité ; la résurrection du serviteur de l’Eternel, prophétisée par Esaïe, valide la motivation de ses souffrances, à savoir justifier les humains : si Christ n’est pas ressuscité, alors il n’y a pas ce pardon des péchés pour les hommes, et ils sont donc toujours sous la condamnation éternelle ; en témoignant de cette foi, Paul a été persécuté par ses coreligionnaires qui refusaient que Jésus soit le Messie , persécuté comme bien d’autres, et même comme ses propres victimes avant sa conversion : si Christ n’est pas ressuscité, n’est-ce pas malheureux d’être persécutés pour une affabulation ?

 

« Maintenant » Paul arrête avec ce raisonnement. « Christ est » bel et bien « ressuscité ».

Paul vient de citer les témoins, ceux qui ont vu Jésus ressuscité, et il s’est ajouté au bas de la liste car Jésus lui « est apparu » à lui aussi.

Frères et sœurs, ne doutons pas de la résurrection de Jésus.

Oui, elle n’est pas de l’ordre des choses hérité, non pas de la Création, mais de la chute dans le péché. Paul appelle la « résurrection spirituelle » que nous vivons dans le baptême « une nouvelle création ».

Mais la résurrection de Jésus est un fait solidement établi par de nombreux témoignages.

Certains de ces témoins, ceux qui ont déposé leur témoignage dans le Nouveau testament, ont reconnu que la résurrection de Jésus s’était imposée à eux malgré leur incrédulité, malgré leurs doutes. Le scepticisme de Thomas ne devrait pas être objet de moquerie ou d’émulation, car le fait qu’il est reconnu Jésus ressuscité, comme son Seigneur et son Dieu, doit être une source de foi pour ceux qui n’ont pas vu.

Etienne est mort d’avoir témoigné que Jésus était vivant et siégeait à la droite du Père. Nombre des apôtres sont morts martyrs pour leur foi : ils ne sont pas morts pour défendre des fables ; ils n’avaient aucun intérêt dans le système de valeurs de ce monde ; ils ne pouvaient juste pas mentir en reniant cette foi. Cette foi qui a été proclamée sous la persécution comme lorsqu’elle a triomphé sur la terre romanisée.

         Gardons cette foi en la résurrection de Jésus de Nazareth, le Messie, car en cette résurrection, annoncée des siècles à l’avance, est le signe de notre justification devant Dieu, comme cela était aussi annoncé ; en cette résurrection annoncée par Jésus avant sa mort, est le signe de notre résurrection au dernier jour, annoncée par Jésus dans le même souffle.

Armés de cette espérance qui démontre ce qu’on ne voit pas, portons hardiment nos croix en ce monde, avec la vie, la vraie, la pleine, l’immortelle, en vue. Amen.


Pasteur Philippe VOLFF



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